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inférieurs à l'autre ; c'est dans le cas où elles seraient un mal toutes les deux qu'ils pourraient avoir raison 1 : autre- ment, c'est chose impossible. Or, ils n'admettraient point,

c j'imagine, que l'une et l'autre fussent des maux, ni que l'une fût un mal, et l'autre un bien Ils sont donc en fait, puis- qu'ils tiennent de l'une et de l'autre, inférieurs à lune et l'autre, pour chacune des fins où la politique et la philo- sophie montrent leur valeur. Placés dans la réalité au troi- sième rang, ils cherchent à occuper le premier dans l'opinion. Pardonnons-leur cette ambition, et, sans nous fâcher, pre- nons-les pour ce qu'ils sont : il faut faire bon accueil à qui- conque montre dans ses propos la moindre parcelle de rai-

d son, et pousse sa pointe avec une vaillance opiniâtre.

Embarras Criton. — Ma foi, Socrate, je suis moi-

de Criton ; même, comme je ne cesse de te le dire,

conseils de Socrate. fort embarrassé pour mes fils 2 . Que faire d'eux? L'un est encore bien jeune et petit ; mais Critobule a déjà l'âge, et il lui faut quelqu'un capable de lui être utile. Pour ma part, quand je suis avec toi, mes dispositions sont telles que je considère comme une folie d'avoir pris tant e d'autres soins à cause de mes enfants — dans mon mariage, pour leur donner une mère de la plus noble famille, comme dans ma fortune, pour leur assurer la plus grande richesse possible — et de négliger leur éducation. Mais, quand je jette les yeux sur un des soi-disant éducateurs, je reste confondu, et chacun d'eux, à l'examen, me semble complè-

307 a tement extravagant, pour te dire la vérité. Bref, je ne vois

pas comment pousser ce garçon à l'étude de la philosophie. Socrate. — Ignores-tu, mon cher Criton, qu'en toute sorte d'occupation les gens médiocres et sans valeur sont le nombre, et les esprits sérieux, dignes de toute estime, la minorité ? Car enfin la gymnastique ne te paraît-elle pas être une belle chose, de même l'art des affaires, la rhétorique et la conduite des armées ?

1. Si la philosophie et la politique sont mauvaises, celui qui ne prend qu'un peu de l'une et de l'autre est supérieur à celui qui se livre entièrement à l'une ou à l'autre.

a. Diogène de Laërte (II, i3) attribue à Criton quatre fils : Cri- tobule, Hermogène, Épigène, Ctésippe. Platon n'en mentionne ici que deux.

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