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297 b EUTHYDÈME i83

« Naturellement ! repris-je : je suis inférieur à chacun de vous; comment ne pas fuir devant vous deux ? Je suis bien c loin de valoir Héraclès 1 , et pourtant il n'était pas capable de soutenir la lutte à la fois contre l'hydre — une sophiste assez habile, si l'on coupait une tète à son raisonnement, pour en pousser plusieurs au lieu d'une — et contre certain crabe, autre sophiste venu de la mer, et fraîchement débarqué 2 , si je ne me trompe ; celui-ci 3 l'incommodait, ainsi placé à sa gauche, par ses propos et ses morsures ; il dut donc appeler au secours Iolaos*, son neveu 5 , qui lui porta une aide effi- d cace. Mais mon Iolaos, à moi, [Patroclès], ne ferait, en intervenant, qu'aggraver le mal. »

« Réponds donc, dit Dionysodore, puisque c'est toi qui as rabâché cette histoire. Iolaos était-il le neveu d'Héraclès plus que le tien ? »

« Ce que j'ai de mieux à faire, Dionysodore, dis-je, c'est de te répondre. Car tu ne cesseras jamais tes questions — j'en suis à peu près sûr — par envie et pour empêcher Euthv- dhème de m'enseigner ce beau secret-là. — Réponds donc, dit-il. — Je réponds donc, dis-je, que Iolaos était le neveu e d'Héraclès ; le mien, ce me semble, il ne l'était à aucun degré. Car ce n'est point Patroclès, mon frère, qu'il avait pour père, mais Iphiclès, frère d'Héraclès, un nom analogue, à vrai dire. — Et Patroclès, dit-il, est ton frère? — Parfai- tement, dis-je, né de la même mère, mais non du même père. — Par conséquent il est ton frère et il ne l'est point. — Pas du côté paternel, mon excellent ami, dis-je ; son père était Ghérédème, et le mien Sophronisque. — Et Sophro- nisque, dit-il, était père, et aussi Chérédème ? — Pariaite- 298 a ment, répondis-je ; l'un était le mien, et l'autre le sien. — Donc, dit-il, Chérédème différait du père ? — Du mien, oui,

i . Allusion au proverbe : « Héraclès lui-même ne peut rien contre deux » (Voir Phédon, 89 c).

2. Les deux sophistes sont depuis peu revenus à Athènes.

3. Dionysodore (cf. 271 b), assis à la gauche de Socrate.

k. Apollodore, II, 5. Pendant sa lutte avec l'hydre de Lerne, Héraclès fut attaqué par un crabe énorme, qui le mordait au pied ; Héraclès, l'ayant tué, demanda l'aide de Iolaos, qui brûla avec des tisons les têtes de l'hydre, pour les empêcher de repousser.

5. Iolaos avait pour père Iphiclès, qui était le demi-frère d'Hé- raclès, étant né d'Amphitryon et d'Alcmène.

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