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NOTICE 21

rhapsode est-il un emprunt maladroit à l'argumentation de la seconde ? * Nous ne le croyons pas. Il tend à prouver qu'Ion, s'il parlait d'Homère d'après une xé/^vr,, saurait également parler d'Hésiode. L'argument est à sa place dans la démons- tration. Dans la seconde, l'exemple prendrait un autre sens : il servirait à montrer que, sur chaque xeyvrj particulière, le rhapsode est dépourvu de la compétence propre au spécialiste. Par deux voies différentes Platon s'achemine à la même conclusion : Ion ne possède pas de xÉyvr,.

Quant aux contradictions, où sont-elles? Il est vrai que la itoiTiTtxr, te/vy) paraît présentée tour à tour comme une et multiple, ce que Schleiermacher 2 juge inacceptable. Mais le raisonnement est celui-ci. S'il existe une Tzovr\Tixri xe/vr], elle doit permettre à qui la possède de parler de tous les poètes avec une égale compétence. Ion en est incapable ; cette xéy vr] lui fait donc défaut. D'ailleurs l'œuvre poétique — celle d'Homère, dont s'occupe Ion — se résout en éléments qui relèvent de xéyvai diverses. Il ne peut être question d'une TcotTjX'.xr, xé/vr). Le rhapsode possède-t-il du moins une de ces xéyvai, qui le mettrait en état de porter un jugement sur telle ou telle partie d'Homère ? Non : il est impossible de trouver dans l'œuvre homérique rien qui se rattache à une pa<]>u)0ix7j

Tf'vVTj 3 .

Enfin, si le véritable but de Y Ion ne s'aperçoit pas au pre- mier coup d'œil, c'est sans doute que l'auteur avait ses rai- sons pour ne pas mettre en scène un poète. C'est à dessein qu'il a pris un rhapsode, mais son intention apparaît claire- ment lorsqu'on étudie la composition même, et qu'on replace Y Ion dans l'ensemble de l'œuvre de Platon.

Wilamowitz, après Goethe, signale ce qu'il y a d'« aristo- phanesque » dans le ton du dialogue. La conclusion de

i. Gomme le prétend Schleiermacher, o. L, p. 309.

2. O. /., p. 182.

3. L'idée, exposée dans Ylon, que le poète ne peut produire avec succès que dans un seul genre n'est pas en contradiction, quoi qu'en dise Schleiermacher (0. L, p. 3 11), avec l'endroit du Banquet (223 d) où Socrate oblige Agathon et Aristophane d'admettre que le poète capable de composer des tragédies d'après une xéy vtj doit être aussi en état d'écrire des comédies. Comme nul n'a pu le faire (Rép., III, 395 a), il n'y aqu'une conclusion à en tirer: la tÉ/vt) fait défaut aux poètes (voir H. Raeder, 0. L, p. 167).

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