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292 e EUTHYDÈME 176

Socrate. — Personnellement, Criton, quand je me vis

293 a tombé dans cet embarras, j'eus recours à tous les accents. Je

demandai aux deux étrangers, les invoquant comme les Dioscures 1 , de nous sauver, le jeune homme et moi, de cette troisième vague dont nous menaçait l'entretien, de déployer tout leur sérieux et de nous faire voir sérieusement la nature de cette science qui nous permettrait de bien passer le reste de notre vie.

Criton. — Et alors ? Euthydème accepta-t-il de vous le faire voir ?

Reprise du récit. SoCRATE - ~ Naturellement! Et même,

Discussion mon camarade, c'est sur un ton plein

entre Socrate, de superbe qu'il prit ainsi la parole :

jj Ctésippe et les ( Cette science, Socrate, qui depuis

sop îs es. longtemps vous embarrasse, dit-il, dois-

je te l'enseigner, ou te prouver que tu la possèdes ?

« Bienheureux Euthydème, lui dis-je, cela est-il en ton pouvoir ?

oc Parfaitement», répondit-il.

ce Prouve-moi donc, par Zeus !, repris-je, que je la possède ;

ce serait beaucoup plus facile que de l'apprendre à mon âge. »

« Voyons donc, dit-il, réponds-moi. Y a-t-il une chose que

tu saches ? — Certainement, dis-je, et même plusieurs, à la

, vérité peu importantes. — Il suffit, dit-il. Crois-tu qu'un

objet pris dans la réalité puisse ne pas être ce que préci-

c sèment il est? — Non, par Zeus ! je ne le crois pas. — Or toi,

dit-il, tu sais quelque chose ? — Oui. — Tu es donc savant,

si tu sais 2 ? — Certainement, du moins sur ce point. — Il

n'importe. Mais n'es-tu pas forcé de tout savoir, si tu es

savant ? — Non, par Zeus ! dis-je, car il y a beaucoup d'autres

choses que j'ignore. — Si tu ignores, tu es donc ignorant. —

Oui, sur ce point-là, mon cher, dis-je. — En es-tu moins

ignorant? dit-il. Or, tout à l'heure, tu te prétendais savant ;

tu te trouves donc à la fois être ce que tu es, et inversement

d ne pas l'être, relativement aux mêmes choses. »

« Eh bien, Euthydème, répondis-je, — « toutest à souhait » ,

1. Dieux protecteurs, en particulier des marins dans la tempête (voir, à la ligne suivante, la troisième vague, considérée comme la plus violente).

2. En passant de savoir quelque chose à être savant, Euthydème

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