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comme la richesse procurée aux citoyens, la liberté et l'ab- sence de factions — tous ces effets ne nous étaient apparus ni des maux ni des biens 1 ; cet art devait rendre les gens savants, et leur communiquer la science, pour être celui qui c donne profit et bonheur.

Criton. — C'est cela. A ce moment-là, du moins, telle avait été votre conclusion, d'après le récit que tu as fait de l'entretien.

Socrate. — L'art royal rend-il donc les hommes savants et bons ?

Criton. — Pourquoi pas, Socrate?

Socrate. — Mais tous les hommes, et bons en tout ? Et n'importe quelle science, celle du cordonnier, du charpentier, et toutes les autres sans exception, est-ce lui qui les procure ?

Criton. — Ce n'est pas mon avis, Socrate. d Socrate. — Mais enfin, quelle science ? Et quel usage en ferons-nous? Son activité ne doit produire aucun de ces effets qui ne sont ni mauvais ni bons, et il ne doit procurer d'autre science que la sienne propre. Faut-il donc définir la nature de cette science et l'usage que nous en ferons ? Veux- tu que nous disions, Criton : c'est celle qui nous permettra de rendre bons d'autres hommes ?

Criton. — Parfaitement.

Socrate. — Mais en quoi seront-ils bons, et à quoi utiles? Dirons-nous encore : ils rendront tels d'autres hommes, et e ceux-là d'autres à leur tour ? Mais en quoi sont-ils bons ? c'est ce que nous ne voyons nulle part, puisque nous avons fait fi des effets que l'on attribue à la politique. C'est exac- tement, comme dit le proverbe : « Corinthos, fils de Zeus » 2 , et, je le répète, nous sommes aussi loin, ou même plus loin encore de connaître la nature de cette science qui nous don- nera le bonheur.

Criton. — Par Zeus ! Socrate, vous vous étiez mis, semble- t-il, dans un grand embarras !

i. Cf. 281 e. La plupart des « biens » ne sont en soi ni bons ni mauvais ; le vrai bien est la aocpîa, qui leur donne leur valeur.

2. Locution proverbiable pour désigner un radotage sans résultat ; cf. Pindare, Ném., "VII, i54-i55. — Corinthos, héros éponyme de Corinthe, passait pour avoir été le fondateur et le premier roi de la ville.

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