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pas seulement la réussite, mais le bon usage, semble-t-il, que procure la science dans toute acquisition et forme d'acti- vité. » 11 en convint. « A.u nom de Zeus, dis-je, les autres biens sont-ils de quelque utilité sans raison et sagesse? Un bomme trouverait-il profit à posséder et à faire beaucoup de choses, sans la raison ? iN'en aurait-il pas plutôt à se contenter de peu * ? Réfléchis à ceci : n'est-il pas vrai qu'agissant moins,

c il commettrait moins de fautes; que faisant moins de fautes, il éprouverait moins d'échecs 2 ; et qu'avec moins d'échecs il serait moins malheureux ? — Parfaitement, dit-il. — Eh bien, dans quels cas agira-t-on le moins ? en étant pauvre ou riche ? — Pauvre, dit-il. — Faible ou vigoureux ? — Faible. — Honoré ou sans honneurs ? — Sans honneurs. — Est-ce en étant brave et tempérant 3 qu'on agira le moins, ou en étant lâche? — Lâche. — De même aussi en étant paresseux plutôt que laborieux? » Il en convint. « Et lent plutôt que prompt, avec une vue et une ouïe affaiblies plutôt qu'avec des yeux perçants et une oreille fine? » Sur tous les points

d de ce genre nous tombâmes d'accord, « En somme, Clinias, lui dis-je, pour l'ensemble des biens que nous reconnaissions au début, la question, semble-t-il, n'est pas de savoir com- ment ils sont des biens par eux-mêmes, mais la réalité parait être celle-ci : dirigés par l'ignorance, ils sont des maux pires que leurs contraires, et d'autant pires qu'ils sont plus capables de servir leur mauvais guide ; conduits par la raison et le savoir, ils prennent plus de prix ; mais, par eux-mêmes, ni

e les uns ni les autres n'ont aucune valeur. — Selon toute apparence, il semble bien en être comme tu dis. — Que résulte-t-il donc de notre entretien ? N'est-ce pas que, dans l'ensemble, il n'y a rien de bon ni de mauvais, sauf ces deux choses : la sagesse, qui est un bien, et l'ignorance, qui est un mal ? » Il en convint.

I. Nouv e/ujv donné par nos mss., mais non par Jamblique, paraît être une glose qui fausse le sens. Ce que Socrate considère ici, c'est seulement le cas de l'homme qui n'a pas de raison (vouv }xtj lytov) : il y a profit pour lui à posséder et à faire peu de choses.

a. Il y a quelque sophisme dans l'argumentation de Socrate. Kaxwç -pa-retv est pris au double sens de mal faire et échouer (cf. 278 e et la note).

3. Badham, suivi par Gifford, a retranché xat loSçpwv, qui est en effet assez inattendu, puisque l'opposition porte sur la bravoure et la

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