Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome V, 1.djvu/184

Cette page n’a pas encore été corrigée


i3/i EUTHYDÊME

ceux dont l'habileté s'exerce sur les discours destinés aux tribunaux. Non qu'il soit lui-même un orateur : il ne semble pas s'être jamais présenté devant un tribunal, mais il com- pose des discours à l'usage d'autrui 1 . Il fait partie de ces gens qui, tenant le milieu entre le philosophe et l'homme d'État, prennent de la philosophie et de la politique juste le nécessaire, et recueillent les fruits de leur sagesse à l'abri des luttes et des périls. Inférieurs au politique comme au philo- sophe, placés dans la réalité au troisième rang, ils cherchent à occuper le premier devant l'opinion. Se font-ils battre dans la discussion ? c'est aux éristiques qu'ils attribuent leur échec.

Quiconque lit ce portrait sans préven- tion songe aussitôt à Isocrate. La pré- somptueuse vanité d'Isocrate était célèbre de son temps ; elle s'étale abondamment dans ses discours. Au début de l'Echange il se compare à Phidias, Zeuxis, Parrhasios 4 . Il s'écrie dans le Panégyrique (43 c) : « Si je ne parle avec l'éclat qui convient à mon sujet, à ma propre renommée, au temps que j'ai consacré à ce discours, et à ma vie tout entière, je demande à n'obtenir aucune indulgence, mais la risée et le mépris... ». Lui-même nous apprend que la faiblesse de sa voix et sa timidité ne lui ont jamais permis de prendre la parole en public 3 . Il a commencé par être logographe : cinq 4 parmi les discours qui nous restent de lui sont des plaidoyers

��i. Ce détail prouve que Platon ne songe pas ici à Lysias. Wilamo- witz estime que le lecteur athénien ne pouvait appliquer qu'à Lysias ce portrait de logographe : Lysias s'était montré l'adversaire des phi- losophes; il attaquait leur arrogance dans un discours contre Eschine le Socratique (Athénée, XIII, 611) et traitait Platon de sophiste comme Eschine (Aristide, c Yxep 'ojv T£TTa i otov,5i7(3n). Mais il avait plaidé pour son propre compte contre Eratosthène en 4o3, et il serait invraisemblable que Platon eût perdu le souvenir de ce procès reten- tissant. Wilamowitz reconnaît d'ailleurs que la suite du portrait ne peut se rapporter à Lysias, et que Platon n'a pas eu l'intention de le viser.

•2. 3io b.

3. Panath., 234 c d ; Phil., 98 c, etc.

[\. En laissant de côté le discours IIpôç EùOuvouv, apocryphe selon Drerup (Jsocratis opéra omnia, vol. I, ch. iv).

�� �