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NOTICE 127

il observe que leur méthode se réduit à un jeu (iratStâQ : elle consiste à épiloguer sur le sens des mots, et n'apprend rien sur les choses (278 b). Après la seconde discussion, il va plus loin encore : la thèse de Dionysodore sur l'impossibilité de parler faux ('|euBeffÔat) implique qu'il n'existe ni opinions fausses ni ignorance. Mais alors que viennent donc enseigner les deux sophistes (286 e-287 a)? En ruinant l'adversaire, cette thèse se ruine elle-même (286 c) : conclusion reprise 288 a. Le jugement final (3o3 b-3o4 b) résume et complète ces critiques, pour formuler une condamnation accablante. A quoi se ramène l'éristique des deux sophistes ? A une méthode de réfutation parfaitement stérile, puisque, s'atta- quant au vrai comme au faux (272 a), elle se détruit en abattant l'adversaire. Elle n'a même pas le mérite de la diffi- culté : le premier venu est en peu de temps capable de la pratiquer, comme l'a prouvé Ctésippe. Elle est d'ailleurs inu- tilisable hors du cercle restreint que les sophistes forment avec leurs disciples : tout autre qu'eux rougirait de se com- plaire à de pareilles arguties.

L'éristique condamnée ici a pour repré- Les adversaires t Euthydème et Dionysodore. Il

visés par Platon. •> ._ y

n y a pas heu, semble-t-il, de mettre en

doute la réalité historique du personnage d'Euthydème : il est nommé dans le Cratyle (386 d), à propos d'une thèse que Platon lui attribue. Dans l'écrit d'Aristote ITep t cocokttdcw v iléyytav , on retrouve quelques-uns des sophismes prêtés par Platon aux deux éristiques ; or Euthydème y est nommé (177 b 12); il est mentionné encore par Aristote dans sa Rhétorique (II, i4oi a 27). L'existence de son frère n'est attestée, en dehors de Y Euthydème, que dans les Mémorables : Xénophon conte que Dionysodore, étant venu à Athènes, fai- sait profession d'enseigner la stratégie (III, 1, 1-1 r). Il s'ac- corde sur ce point avec Platon, mais ne dit rien de Diony- sodore maître d'éristique. Il est possible que l'indication n'ait pour source que Y Euthydème ; mais l'absence d'autres témoignages ne nous autorise pas à considérer comme une fiction le personnage de Dionysodore, ni à chercher sous son nom ' un contemporain que Platon n'aurait pas voulu

1. Suivant Teichmûller, Literarische Fehden, I, p. 27 sq., Diony-

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