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NOTICE 125

porte non plus sur une équivoque fortuite, mais sur le double sens naturellement présenté par certains mots. A cette caté- gorie appartiennent les deux premiers sophismes (275 a- 277 c): o\ txavôctvovTôç peut être entendu « ceux qui appren- nent » ou « ceux qui comprennent » l ; de même 0: aoyoi (« les savants » ou « les intelligents »), 01 àuaÔcTç (a les ignorants » ou « les sots »).

Dans le second entretien des éristiques avec Socrate et Ctésippe, Dionysodore tire parti du double sens de eu et xaxcaç Xlyetv (284 d) « dire du bien, du mal » ou « parler comme il faut, inexactement ». Mais le sophisme se rattache, pour le fond, à un autre groupe qui sera indiqué plus bas. De même plus loin (287 d) le jeu sur le sens de voeîv « com- prendre » et « signifier ». C'est une équivoque analogue qui dans le troisième entretien permettra à Dionysodore de prendre r/e'.v, « posséder », au sens de « avoir sur soi » (299 d e). Joignons-y le sophisme fondé sur la signification de Trapstvo» (3oi a) « appartenir à » ou « être auprès de », bien que la question soulevée ici soit plus complexe et dépasse un simple jeu de mots.

Certains sophismes sont en effet de nature plus subtile, et touchent à de véritables problèmes philosophiques. Ainsi (283 d) quand Dionysodore entend ô'ç au sens de oîcç, et joue sur la valeur de eTvor. « être (tel) » et « exister» : la qualité de l'objet est prise pour l'objet lui-même. Ailleurs, une qualité de l'individu, confondue avec l'individu en personne, acquiert une valeur absolue (298 a b). Cette confusion est plus loin poussée à l'absurde (298 c d). Du même ordre est le sophisme développé par Euthydème sur le sens de Itugtt^cov (293 c) 2 ; il nous ramène à l'entretien des deux sophistes avec Clinias, et à la notion du savoir. Comparer l'équivoque fondée sur le sens de as-' « chaque fois » pris avec une valeur absolue : « toujours », de même que navra (296 a-d), et le sophisme relatif aux biens (299 a b). Ajoutons enfin celui qui repose sur le sens équivoque de l'idée de possession, et sur son exten- sion arbitraire (3o2 b sq.).

En d'autres endroits, l'habileté des éristiques consiste à confondre la réalité de la parole avec la réalité de la chose

1. Sophisme z:ap' ôtxcovu(j.t'av, Aristote,o. t., IV, 3.

2. Aristote, 0. L, V, 1.

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