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NOTICE 119

à l'oreille de Socrate, avec un large sourire sur le visage, pour l'avertir que l'interlocuteur sera confondu, quoi qu'il fasse (275 e). La même mimique reparaît plus loin : un chucho- tement de Dionysodore annonce à Socrate un nouveau tour d'Euthydème. Devant ce sourire et cette satisfaction, on croit déjà voir et entendre le bon père des Provinciales, faisant admirer l'inépuisable ingéniosité des casuistes. Malgré son âge, Dionysodore se met pourtant à rougir, comme un écolier pris en faute (297 a), lorsque son frère le répri- mande sur sa maladresse. Mais il a recouvré son assurance quand, s'apprêtant à réfuter Socrate, il fait une pause par pure feinte, comme s'il s'absorbait dans la contemplation de quelque problème (3o2 b). Pour donner une idée de la rapi- dité étourdissante avec laquelle les deux frères multiplient leurs sophismes, Platon les compare à des joueurs qui se renvoient la balle (277 b).

Clinias a la tenue qui convient à son âge et à sa timidité. A la première question d'Euthydème, il rougit, pris de court, et tourne les yeux vers Socrate (275 d). Mais il se met à rire, à la suite de Ctésippe, devant le triomphe de son adorateur (3oo d). La véhémence de Ctésippe se manifeste à tout instant dans ses attitudes. Au début de l'entretien, il saute sur ses pieds, pour venir s'installer en face de son bien-aimé. On a vu comment son indignation éclate contre Dionysodore et les injures qu'il lui jette à la face (284 e). Plus loin, il accusera les sophistes de divaguer (288 b). Il se met à rire (288 e) en déclarant qu'il bat son chien, faute de pouvoir frapper les sophistes et leur père, et quand, redoublant d'efforts, il a fini par abattre l'adversaire, il célèbre son triomphe, suivant sa coutume, par de grands éclats de rire (3oo d).

L'Euthydème est une comédie, avec son décor et ses acteurs. Elle a même un chœur : les disciples des deux sophistes qui, assistant à l'entretien, accueillent chaque victoire de leurs maîtres par des manifestations d'enthousiasme. Après la pre- mière partie du dialogue entre Clinias et les sophistes, ils font entendre leurs rires et leurs acclamations (276 b), comme un chœur au signal de l'instructeur. Ils recommencent un instant après (276 d). Le ridicule sophisme de Dionysodore qui termine l'entretien est accueilli par des rires, des applau- dissements et des cris de joie tels que les admirateurs des

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