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NOTICE 117

le voit embarrassé, et s'empresse de le rassurer pour l'em- pêcher de perdre entièrement contenance. Il le guide patiem- ment dans leur commune enquête, lui montre le chemin parcouru, lui signale les difficultés, et le félicite quand il a obtenu de lui une réponse judicieuse et personnelle. Entre Gtésippe et Dionysodore il joue le rôle de conciliateur, et, en plaisantant le jeune homme tandis qu'il s'offre lui-même comme sujet d'expérience, il le ramène au calme. Feignant d'admettre comme prouvées les connaissances dont se tar- guent les deux sophistes, il professe pour eux une admiration sans bornes. Il se dit émerveillé de leur savoir encyclopédique, et désireux de suivre leurs leçons, surtout quand il apprend qu'ils se flattent d'enseigner la vertu avec une telle supériorité sur tous les maîtres. Il ne tarit pas d'éloges en entendant cette déclaration. Il invoque comme des divinités Euthydème el Dionysodore au début de l'entretien : plus loin, arrêté dans sa recherche, il implore leur assistance comme celle des Dioscures. Quand ils ont étourdi Clinias de leurs sophismes, il affecte devant une pareille habileté une stupeur profonde ; il se sent rempli de trouble à une question de Dionysodore, et reste frappé d'effroi devant son argumentation. Modeste- ment il s'excuse de prêter à rire en essayant, lui profane, de montrer la voie à des maîtres, par un entretien pénible et diffus. Gomme un beau joueur qui rend des points à l'adversaire, il feint de ne voir, dans le dialogue des sophistes avec Clinias, puis dans leur discussion avec Ctésippe, qu'un badinage préliminaire.

Mais l'urbanité du ton et la railleuse hyperbole des éloges ne l'empêchent pas de marquer nettement les défauts et la vanité de la méthode employée par les sophistes. Aucune de ces faiblesses n'échappe à sa clairvoyance ; il les signale au fur et à mesure, suivant une sorte de crescendo qui aboutit au jugement de la fin, résumé et conclusion de tout le débat (3o3c-3o4 b). Quand on les isole de leur enveloppe, ces critiques frappent par leur rigueur impitoyable : de toute la virtuosité des deux sophistes on s'aperçoit qu'il ne reste rien. Qu'on relise la condamnation finale : elle a beau multiplier les expressions les plus flatteuses ; ces formules d'admiration ne servent qu'à relever d'une cinglante ironie la dureté de la sentence. Il y a là comme une âpreté vengeresse qui sur- prendrait dans la bouche de Socrate, si nous ne savions qu'il

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