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naient les sophistes. Mais le mot S’.aXeyssôai (53a b) montre qu’il s’agit, non de séances publiques, mais de conversations privées 1 . C’est dans des cercles d’amateurs qu’Ion déploie sa virtuosité d’exégète, pareil à ces sophistes dont parle avec mépris Isocrate 2 , qui s’assemblent au Lycée pour s’entretenir d’Homère et d’Hésiode, réciter leurs vers et faire assaut — sans originalité d’ailleurs — de propos ingénieux sur ces poètes. De quelle nature sont les commentaires d’Ion? Un passage fort intéressant du Banquet de Xénophon, sur lequel nous aurons à revenir, parle des iwovoiott (sens cachés) que certains s’attachaient à découvrir chez Homère 3 . Il s’agit de l’inter- prétation allégorique, fondée par Anaxagore et développée après lui par Métrodore de Lampsaque et Stésimbrote de Thasos : Métrodore est nommé par Diogène de Laërte 4 ; Xénophon mentionne Stésimbrote avec Anaximandre, au même endroit du Banquet. Or Ion déclare que ni Métrodore, ni Stésimbrote, ni Glaucon 5 , ni personne n’a jamais pu exprimer sur Homère autant de belles pensées que lui. De ce rapprochement on est tenté d’induire qu’Ion pratique lui-même sur Homère l’exégèse allégorique. Mais ce genre d’activité, réservé aux philosophes, peut-il être attribué à un rhapsode ? Schleiermacher 6 avait déjà signalé l’invraisemblance d’une telle supposition. F. Dûmmler 7 et après lui F. Stàhlin 8 ont soutenu, il est vrai, que derrière Ion c’est Antisthène qui est visé. Antisthène, qui tenait les poètes pour les interprètes de la sagesse divine et leur demandait des leçons, professait pour

i. Voir l’ensemble delà phrase : oxav uiv xt; 7rspc aXXou tou îîoiyj- tou ôtaléyri-at... è7îei8àv os ttç JCtpt ’OuTJpou avyjaOr;...

2. Panalhénaïque, 236 c-e.

3. 3, 5 et suiv. 4- II, 3, 7.

5. On a voulu reconnaître dans ce personnage Glaucon de Téos, dont parle Aristote (Rhét., III, i § 3). A. ttostagni (La Poetica di Aristotele, Torino, 1927, p. 112, note) pense qu’il faut plutôt l’iden- tifier avec le Glaucon mentionné par la Poétique (25, i/J6i b 1), c’est-à-dire avec Glaucon de Rhégion, auteur d’un des plus anciens traités de critique poétique, ÏIboi Ttov àp/attov Tcot^roiv xa\ aouaixtov.

6. Platons Werke, dritte Auflage I, 1, p. 3og.

7. Antisthenica, p. 3o et suiv.

8. Die Stellung der Poésie in der platonischen Philosophie, 1901, p. 26 et suiv.