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a lui qui obéira pleinement au proverbe : il ne montrera ni « joie ni douleur excessives, parce qu'il ne se fie qu'à lui-

b « même * . Voilà comme nous prétendons, comme nous vou- « Ions trouver aussi les nôtres, et comme ils sont, nous le « déclarons ; voilà comme nous nous montrons nous-mêmes « aujourd'hui, sans révolte ni crainte excessives s'il nous faut « mourir maintenant. Nous demandons donc à nos pères et « à nos mères de passer dans ces mêmes dispositions le reste « de leur vie, et de savoir que ce ne sont pas leurs plaintes ni « leurs gémissements qui nous seront le plus agréables, mais

c « que, s'il reste aux morts quelque sentiment des vivants 2 , « ils trouveraient le plus sûr moyen de nous déplaire en se « maltraitant eux-mêmes et en se laissant accabler par leurs « malheurs, tandis qu'ils ne sauraient mieux nous complaire « qu'en les supportant d'un cœur léger et avec mesure. Car « notre vie va avoir la plus belle fin qui soit pour des humains, « de sorte qu'il convient de la glorifier plutôt que d'en gémir ; « et quant à nos femmes et à nos enfants, s'ils prennent « soin d'eux, les nourrissent et tournent de ce côté-là leur « pensée, ils auront le meilleur moyen d'oublier leur infor- « tune et de mener une vie plus belle, plus droite et plus

d « conforme à nos désirs.

« Voilà le message qu'il suffit d'adresser de notre part à « nos proches ; quant à la cité, nous l'inviterions à prendre « soin de nos pères et de nos fils, en élevant décemment les « uns, et en nourrissant dignement la vieillesse des autres, « si nous ne savions que, même sans cette invitation, elle y « veillera comme il faut. »

« Tel est, fils et parents des morts, le

Exhortations message dont ils nous ont chargé et que

et consolations . ° . i i_ 1 •

de l'orateur. J e vous ra PP orte avec tout le bon vouloir

dont je suis capable. A mon tour, je

demande en leur nom, aux fils d'imiter leurs pères, aux

i. De cette doctrine, stoïcienne avant la lettre, rapprocher RépubL, 389 de: « Celui qui a l'âme bien faite se suffit pleinement à lui- même pour bien vivre...; il ne s'effraie nullement de perdre un fils ou un frère, ou des richesses, ou tout autre objet de ce genre... Bien loin de se lamenter, il supporte avec la plus grande égalité d'âme un coup semblable. »

a. Sur cette idée, voir Lois, 927 a.

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