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la musique par Lampros, et à l'éloquence par Antiphon de Rhamnonte 1 , serait pourtant capable, lui aussi, en louant des Athéniens à Athènes, d'acquérir du renom.

Ménexène. — Et qu'aurais-tu à dire, s'il te fallait parler?

Socrate. — De mon propre fonds, je ne tirerais probable- b ment rien. Mais, pas plus tard qu'hier, j'écoutais Aspasie faire toute une oraison funèbre sur le même sujet. Elle avait appris, comme tu le dis toi-même, que les Athéniens allaient choisir l'orateur. Là-dessus, elle développa sur-le-champ devant moi une partie de ce qu'il fallait dire; quant au reste, elle y avait déjà réfléchi, au moment, je suppose, où elle composait l'oraison funèbre prononcée par Périclès, et c'était des rognures de ce discours qu'elle soudait ensemble.

Ménexène. — Te rappellerais-tu ce que disait Aspasie?

Socrate. — Autrement, je serais bien coupable; j'ap- c prenais de sa bouche, et j'ai failli recevoir des coups parce que j'oubliais.

Ménexène. — Qu'attends-tu donc pour l'exposer?

Socrate. — Prends garde que mon maître ne se fâche contre moi, si je divulgue son discours!

Ménexène. — Ne crains rien, Socrate, et parle. Tu me feras le plus grand plaisir, que ce soit d'Aspasie ou de tout autre que tu veuilles rapporter les propos. Parle seulement.

Socrate. — Mais peut-être vas-tu rire de moi, si je te parais, vieux comme je suis, m'adonner encore au badi- nage.

Ménexène. — Point du tout, Socrate. Parle, de toute façon.

Socrate. — Eh bien, assurément il me faut te complaire ; au point que si tu m'invitais à quitter mon manteau pour danser 2 , je serais presque disposé à te faire ce plaisir, puis- qu'aussi bien nous sommes seuls. Écoute donc. Commençant son discours par les morts eux-mêmes, elle s'exprimait, si je ne me trompe, de la manière suivante :

i. Sur Gonnos, voir la Notice, p. 78-79. — Lampros, musicien célèbre, fut le maître de Sophocle. — Anliphon (48o environ-^n), maître de rhétorique et logographe, est représenté par Thucydide (VIII, 68) comme le premier orateur de son temps.

2. La danse était une partie de la gymnastique. Socrate, suivant Xénophon, Banquet, II, 19, s'y exerçait chez lui pour entretenir la

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