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7 8 MÊNEXÈNE

Elle est expressément confirmée par le témoignage d'Aris- tote 1 .

Reste à savoir si le Mênexène est dirigé 1 m!T e^ène ? contre un orateur déterminé. Pourquoi le discours est-il présenté comme l'œuvre d'Aspasie (236 a sq.)? La fiction ne peut tromper personne, et le jeune Mênexène donne à entendre qu'il n'en est pas dupe 2 . Cette affirmation fantaisiste se rapporte peut-être à quelque invention bouffonne de l'ancienne comédie, qui n'avait point épargné Aspasie, et attribuait à ses leçons l'élo- quence de Périclès 3 . Platon a pu y prendre l'idée plaisante de mettre sous le nom de cette courtisane célèbre son propre discours, composé, dit- il, avec des rognures de l'oraison funè- bre "de Périclès (236 b). D'autre part, Socrate prétend avoir lui-même Aspasie pour maître d'éloquence (a35 e, 236 ab). C'est d'elle qu'il a recueilli ce discours, et il a failli recevoir des coups parce qu'il manquait de mémoire. Il va sans dire que c'est encore là une plaisanterie. Socrate fréquentait chez Aspasie*, dont il est possible que la comédie, par une autre imagination saugrenue, ait fait de lui le disciple 5 . L'hypo- thèse prendrait de la vraisemblance, si Gonnos, que Socrate désigne comme son maître de cithare, devait être identifié avec le musicien Connas, tourné en dérision par les comi- ques 6 .

i. RheL, I i367 b (allusion à Ménex., 235 d); III, i4i5 b (id.). Comme l'observe Gomperz, o. /., p. 465, Aristote met toujours sous le nom de Socrate les citations qu'il fait de Platon. Supposer qu'il a ici en vue un propos oral de Socrate, et non le Mênexène t est une hypothèse arbitraire et insoutenable.

2. 2^9 e ootiç aoi ô eiroîv iaziv cwtov, et plus haut 2^9 d.

3. Plutarque, Périclès, 24, la qualifie de aoçr, xat tzomxixt,, et explique ainsi l'ascendant qu'elle exerçait sur Périclès. Une scholie du Ménexhne conte sérieusement qu'après avoir formé Périclès à l'éloquence, elle fit de Lysiclès, le marchand de bétail, un habile orateur, comme le rapporte Eschine le socratique.

4- Plutarque, Périclès, 24 ; Athénée, XIII, 58g.

5. Athénée, V, 219 : « Aspasie enseigna savamment l'éloquence à Socrate ». Cf. Hôltermann, o. /., p. 98.

6. Voir Aristophane, Cav., 584- Wilamowitz 0. I., p. 139, admet sans hésiter cette identification, assurément tentante. Trendelenburg, o. /., objecte que Connas, d'après le scholiaste d'Aristophane, était un

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