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PROTAGORAS

comme à l’appel de notre arbitrage, de telle sorte que ni toi, Socrate, tu ne recherches cette rigueur d’argumentation dont la brièveté excessive déplaît à Protagoras, mais que tu consentes à détendre et à relâcher les rênes de tes paroles, afin qu’elles nous apparaissent avec plus d’ampleur et de beauté ; et que Protagoras n’aille pas d’autre part, tous agrès tendus et toute voile au vent, fuir vers la haute mer des discours, hors de la vue de la terre ferme, mais que plutôt vous suiviez tous deux une route moyenne. Faites ainsi et, si vous m’en croyez, choisissez un arbitre, un épistate, un prytane qui maintienne pour chacun de vous les dimensions de son discours dans les limites convenables. »


Préparatifs d’une nouvelle discussion.

Ces paroles eurent du succès et furent unanimement applaudies. Callias déclara qu’il ne me lâcherait pas, et on me pria de désigner un arbitre. Je répondis qu’il était malséant de prendre un arbitre : si notre élu valait moins que nous, il serait déraisonnable que le moins méritant présidât les plus méritants ; s’il était notre égal, cela ne vaudrait guère mieux, car notre semblable ne pourrait qu’agir semblablement à nous et sa désignation aurait été superflue. « Choisissez donc un plus grand que vous », dira-t-on. La vérité, selon moi, est que vous ne pouvez trouver aucun homme qui soit supérieur en science à Protagoras, et si vous choisissez quelqu’un qui, sans lui être supérieur, ait l’air de l’être par suite de votre choix, cela encore sera lui faire injure, car vous le traiterez comme un homme ordinaire en lui donnant un président ; pour moi, je n’attache à cela aucune importance. Mais voici ce que je suis prêt à faire pour permettre selon votre désir la continuation de cette réunion et de cet entretien : si Protagoras ne veut pas répondre, qu’il interroge, et je répondrai ; j’essaierai de lui faire voir en même temps comment j’estime qu’il faut répondre quand on est interrogé. Après que j’aurai répondu à toutes les questions qu’il lui plaira de me poser, qu’il prenne à son tour la tâche de justifier ses vues en me répondant. S’il

    à la Nature… etc. La façon dont Hippias l’invoque ici, assez hors de saison et on dénaturant le mot de Pindare sur « La Loi reine du monde » (Gorg. 484 b), indique la place qu’elle devait tenir dans son enseignement (cf. Xén., Mém. IV, 4, 5 sqq.).