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NOTICE



Le Protagoras est avant tout une très belle œuvre d’art. Il met sous nos yeux avec une vérité exquise un des aspects les plus brillants de la vie athénienne, l’intérieur d’une riche maison, hospitalière aux plaisirs de l’esprit, où les plus célèbres des sophistes se rencontrent avec les plus cultivés des Athéniens pour se donner réciproquement le spectacle et le divertissement de leurs joutes d’idées : de là des passes d’armes intellectuelles où la subtilité de la pensée se revêt de tous les ornements nouveaux de la rhétorique.

Au point de vue philosophique, le Protagoras n’est pas un des dialogues essentiels de Platon. Le sujet discuté est la nature de la vertu et sa relation avec la science : idée toute socratique, et développée selon l’esprit de Socrate, sans aucune intervention des théories proprement platoniciennes. La discussion rappelle de très près certaines pages du Lachès et du Charmide, et n’y ajoute guère qu’un degré supérieur de précision avec une synthèse plus complète. Mais la discussion dialectique, quelle qu’en soit l’importance, n’est qu’une partie relativement courte du dialogue, où la plus grande place est donnée aux discours successifs de Protagoras et aux épisodes.

Ce caractère tout socratique de la discussion, sans aucun mélange de platonisme pur, suffit à montrer que le dialogue a dû être composé dans la première partie de la vie de Platon. La forme narrative de l’exposition (sauf le dialogue très court du début) conduit à la même conclusion. D’autre part, l’art parfait qui éclate dans toutes les parties de l’ouvrage, la richesse de la composition, les nombreux personnages mis en scène et l’habileté avec laquelle Platon les fait mouvoir, la