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interlocuteurs semblent s’incliner devant de pareilles subtilités. Ce qui est vrai seulement, c’est qu’un texte écrit est plus facile peut-être à torturer que la parole d’un adversaire intelligent.

Quoi qu’il en soit, ces diverses méthodes étant écartées, reste la dialectique, c’est-à-dire la discussion dialoguée, dans laquelle chaque idée est analysée en toutes ses parties et sous toutes ses faces, jusqu’à ce que l’accord des deux interlocuteurs sur une définition précise les amène à une connaissance claire et convaincante de la chose qu’ils étudient.

Ce n’est pas ici le lieu d’examiner d’une manière générale les avantages et les inconvénients de la dialectique telle que Socrate l’a pratiquée lui-même et enseignée à ses disciples. Bornons-nous au Protagoras. Il est certain que les parties dialectiques, ici comme partout, semblent dures au lecteur moderne, qui éprouve à la fois quelque impatience devant les lenteurs voulues de la discussion, et quelque inquiétude devant des abstractions qui lui voilent en partie la complexité réelle des choses. Mais, cette réserve faite, il faut reconnaître que la discussion sur l’identité essentielle des formes diverses de la vertu est ici conduite avec une rigueur et une précision remarquables, et qu’on ne peut guère imaginer un plus vigoureux effort dialectique.

Si nous laissons maintenant de côté les questions de méthode, si nous cherchons uniquement à voir en quoi se résument les deux thèses en présence, quel est le caractère spécifique de chacune d’elles et quel rapport elles paraissent avoir soit avec la réalité vivante, soit avec un aspect de cette réalité, voici, peut-être, comment on pourrait essayer de répondre à ces questions.

Rappelons-nous d’abord comment la question a été posée au début du dialogue. Il s’agissait de savoir si la vertu peut s’enseigner. Oui, dit Protagoras, et moi-même je l’enseigne. Comment alors expliques-tu, dit Socrate, si la vertu peut s’enseigner, que les hommes les plus vertueux aient souvent des fils qui ne le sont pas, et que les cités, qui auraient un intérêt capital à ne comprendre que des citoyens vertueux, ne s’appliquent pas avant tout à enseigner la vertu ? — C’est à ces diverses questions que répond le grand discours de Protagoras, celui qui contient tout l’essentiel de sa doctrine et de sa thèse. En réalité, selon Protagoras, la vertu est ensei-