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résistance du portier, excédé de cette invasion continuelle d’étrangers. Tous les personnages du dialogue sont dès lors réunis, et Socrate lui-même nous présente les sophistes : Protagoras, le roi de la sophistique, avec ses rivaux, Hippias et Prodicos, tous les trois au milieu de leurs disciples. D’autre part, autour de Socrate, le groupe de ses compagnons habituels, Alcibiade, Critias, Hippocrate, sans compter le maître de la maison, le riche Callias.

Les amis de Socrate n’ont qu’un rôle effacé, comme il est naturel. Alcibiade et Callias interviennent cependant au cours de la discussion, mais surtout pour remettre les interlocuteurs aux prises, au moment où Protagoras semble vouloir abandonner. Alcibiade est vif et péremptoire, Callias est courtois et persuasif.

Du côté de Protagoras, les autres sophistes, n’apparaissent aussi qu’au second plan ; mais chacun d’eux est caractérisé d’un trait définitif, et d’ailleurs peu indulgent. Prodicos est toujours l’homme des subtiles distinctions de synonymes ; Hippias, l’artiste en phrase balancées et grandiloquentes (pp. 337 et 338). Ce sont deux franches caricatures, où la verve comique de Platon s’est donné libre carrière. À plusieurs reprises, Socrate revient ironiquement sur l’art avec lequel Prodicos distingue les significations des mots. Tous deux sont des pédants, infatués d’un prétendu savoir qui s’arrête aux apparences, à des détails de pure forme et sans rapport avec la réalité. Ce n’est pas le lieu de discuter ce qu’il peut y avoir d’excessif dans cette condamnation sommaire ; il suffit de noter ici la verve plaisante avec laquelle les deux personnages sont esquissés en passant.

Il en est autrement de Protagoras. Celui-ci, sans doute, n’échappe pas non plus entièrement à l’ironie de Socrate et Platon ne se fait pas faute de nous inviter à sourire de sa confiance en lui-même, de son orgueil naïvement étalé. Mais c’est tout de même un autre personnage, aux yeux de Platon, que ses deux acolytes. Historiquement, Protagoras tient une place importante dans le développement de la pensée grecque. En dépit de sa jactance sophistique et des allures majestueuses par lesquelles il prêtait le flanc à l’ironie socratique, c’était à sa manière un philosophe. Il avait une doctrine. Sa conception relativiste de l’Univers, qui l’apparentait à Héraclite, faisait de lui un adversaire redoutable pour