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vie et la grâce partout répandues, l’étendue même du dialogue et la sûreté avec laquelle il se développe jusqu’à son terme, tout indique que Platon est sorti de la période des débuts et qu’il est entré dans celle de la pleine et resplendissante maturité. Mais on ne saurait aboutir à une conclusion plus précise sur la date exacte de l’ouvrage.

Examinons de plus près quelques-uns des caractères qui méritent d’y être signalés, et d’abord cet art du dialogue qui atteint ici à la perfection, soit dans la présentation des personnages soit dans l’ordonnance et le mouvement de tout l’ensemble.



I

LES PERSONNAGES


Socrate, sortant de chez Callias, rencontre un ami, qui n’est d’ailleurs pas nommé, et qui entame la conversation par quelques propos aimablement familiers. C’est à cet ami que Socrate va raconter son entretien chez Callias. Cette entrée en matière, fort courte, est la seule partie du Protagoras qui soit mise en scène sous forme dramatique : tout le reste est rempli par le récit de Socrate. On voit sans peine l’avantage de cette forme narrative, qui permet à Platon de mêler les descriptions au dialogue et de donner à l’ensemble la plus souple diversité de ton et d’allure. L’inconvénient serait à la rigueur dans l’invraisemblance d’un très long récit où tant de discussions subtiles sont censées reproduites de mémoire avec une exactitude littérale ; mais c’est là une convention que Platon nous impose une fois pour toutes et que nous acceptons sans difficulté.

Socrate raconte d’abord comment il a été conduit chez Callias par le jeune et charmant Hippocrate, admirateur enthousiaste des sophistes, venu chez lui de grand matin pour le prévenir et l’entraîner. Tout ce premier récit, où se pose la question de la valeur de la sophistique, est délicieux de naturel et de vivacité.

Socrate et son ami arrivent chez Callias et pénètrent dans la maison non sans quelque peine, après une amusante