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Allemand, M. Horneffer, se fonde sur le fait que le Socrate du Charmide, dans la discussion avec Critias, combat le γνῶθι σεαυτόν et la doctrine qui ramène toute vertu à la science, c’est-à-dire les théories fondamentales du vrai Socrate[1]. Pour que cette argumentation eût quelque valeur, il faudrait qu’on eût démontré d’abord que l’interprétation donnée ici au γνῶθι σεαυτόν est celle du vrai Socrate, et ensuite que la science à laquelle il voulait ramener la vertu était la « science des sciences » telle que l’entend Critias. Or cette démonstration reste à faire. Que le Socrate des dialogues ait souvent exprimé la pensée de Platon et non celle du vrai Socrate, c’est l’évidence même, quoi qu’en ait pu penser un de ses récents éditeurs. Mais que Platon, en faisant ainsi parler son maître, ait eu parfois l’intention de le réfuter expressément, de rompre en visière avec lui, c’est ce qu’on admettra difficilement. Même lorsque Platon dépasse ouvertement la pensée de Socrate, il est probable qu’il croyait bien plutôt le compléter que le contredire, et qu’il envisageait sa propre philosophie comme la continuation légitime d’une pensée qui n’avait pu atteindre à toutes les conséquences des principes posés par elle.



IV

LE TEXTE


Le texte qui suit repose avant tout sur le Bodleianus (B), collationné par Schanz et Burnet. Β conserve seul la vraie leçon dans certains passages (notamment Βασίλης, p. 163 a 4) ; mais il porte aussi des traces nombreuses d’inattention, que le Venetus T redresse utilement. Quelques variantes intéressantes à divers titres sont fournies par le Vindobonensis W, collationné avec grand soin par Schanz et par un collaborateur de Burnet.



  1. Platon gegen Sokrates, Leipzig, 1904. Cf. Revue critique, juin 1906, art. de My.