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devenir plus savante et plus pénétrante, plus subtile aussi. Rien de plus conforme à la vérité des caractères que cette progression.

Critias, avec son assurance d’homme qui sait son mérite, et avec cette vanité d’auteur qu’il mêle à son aisance d’homme du monde, fait sourire, mais n’est pas ridicule comme un Hippias.

Quant à Socrate, impitoyable dialecticien, ironiste souriant, il introduit en outre dans le débat un élément de poésie et de mysticisme qui achève de le peindre, lorsqu’il raconte au début l’histoire de l’incantation apprise par lui de la bouche d’un Thrace et lorsqu’il y revient encore à la fin du dialogue.

L’entretien s’achève par une conclusion négative en apparence : malgré tous leurs efforts, les trois interlocuteurs n’ont pu définir la σωφροσύνη ; et cependant, Socrate est certain que Charmide la possède et que c’est là pour lui un grand bien. Après toutes ces disputes, Critias est le premier à conseiller à Charmide de ne jamais abandonner la compagnie de Socrate, et Charmide n’a pas besoin qu’on l’y oblige pour se conformer à l’ordre de son tuteur.



III

SIGNIFICATION PHILOSOPHIQUE


Que l’apparence négative de la conclusion ne soit qu’une apparence, que le dernier mot du Charmide ne soit pas un aveu de scepticisme et d’impuissance à définir scientifiquement la σωφροσύνη, c’est ce qui ressort assez clairement de toute la philosophie de Platon, pour qui l’explication dernière des choses est dans la théorie des Idées. Ici même, la certitude avec laquelle Socrate affirme que Charmide, en possédant la sagesse, possède la cause du bonheur, éloigne tout soupçon de scepticisme.

Mais une autre interprétation du dialogue a été proposée, d’après laquelle Platon aurait en vue, dans le Charmide, de réfuter Socrate lui-même et de séparer sa propre doctrine de celle de son maître. Cette interprétation, développée par un