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II

COMPOSITION ET ART DU DIALOGUE


L’entretien n’est pas mis directement sous nos yeux comme dans une pièce de théâtre : il est raconté par Socrate lui-même à un auditeur ou lecteur anonyme. Cette forme narrative, qui a l’inconvénient de multiplier les « dit-il » et les « dis-je », a été plus tard condamnée pour cette raison par Platon lui-même dans le préambule du Théétète. C’est donc à la première partie de la vie de Platon que le dialogue doit être rapporté ; d’autres raisons d’ailleurs conduisent à la même conclusion. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage est d’un art exquis et la forme narrative n’a pas été à cet égard sans quelques avantages, ici comme en d’autres dialogues.

Celui-ci débute par un délicieux préambule qui nous introduit dans le lieu de la scène, la palestre de Tauréas, et nous présente successivement les divers interlocuteurs au milieu de jeux de scène pleins de grâce et d’esprit.

Après une causerie préliminaire où la modestie charmante de Charmide se révèle, la discussion proprement dite va s’engager. Dès lors la dialectique reprend ses droits, et c’est par une série de définitions, tour à tour proposées à Socrate, puis rejetées après examen, qu’on s’achemine lentement vers la conclusion ; un peu trop lentement, à vrai dire, au gré du lecteur moderne, moins épris que les Athéniens de cette subtile et abstraite dialectique verbale, et qui souhaiterait dans bien des cas un contact plus immédiat avec la réalité. Mais jusque dans cette dialectique il faut admirer comme elle s’adapte à la diversité des caractères et comme elle sert à les mettre en lumière avec esprit.

Charmide, qui ouvre le jeu, donne des définitions toutes simples et les donne en rougissant. Pressé par Socrate, il se souvient d’une autre définition qu’il a entendu donner par Critias et, sans trahir l’auteur, la propose. Comme Socrate la réfute encore, Charmide regarde Critias d’un certain air qui semble l’inviter gaiement à se défendre lui-même. Critias, piqué, entre en effet dans la discussion, qui peut alors