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Hippias. — Sans aucun doute.

Socrate. — Mais l’avantageux, c’est ce qui produit du bien ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Et ce qui produit un effet, c’est une cause : qu’en dis-tu ?

Hippias. — Assurément.

Socrate. — De sorte que le beau serait la cause du bien.

Hippias. — Oui.

Socrate. — Mais la cause, Hippias, ne peut être identique à son effet : car la cause ne peut être cause de la cause. Réfléchis : n’avons-nous pas reconnu que la cause est ce qui produit un effet ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Or l’effet est un produit, non un producteur ?

Hippias. — C’est exact.

Socrate. — Et le produit est distinct du producteur ?

Hippias. — Oui.

Socrate. — Donc la cause ne peut produire la cause ; elle produit l’effet qui vient d’elle.

Hippias. — Très juste.

Socrate. — Si donc le beau est la cause du bien, le bien est produit par le beau. Et c’est pour cela, semble-t-il, que nous recherchons la sagesse et toutes les belles choses ; c’est que l’œuvre qu’elles produisent et qu’elles enfantent, je veux dire le bien, mérite elle-même d’être recherchée ; de sorte qu’en définitive le beau serait quelque chose comme le père du bien[1].

Hippias. — À merveille ! Ton langage est parfait, Socrate.

Socrate. — Voici qui n’est pas moins parfait : c’est que le père n’est pas le fils et que le fils n’est pas le père.

Hippias. — On ne peut plus juste.

Socrate. — Et que la cause n’est pas l’effet, ni l’effet la cause.

    tinction est souvent négligée dans l’usage courant de la langue. En français, la distinction entre efficace et avantageux est assez nette, mais utile se prend souvent dans les deux sens.

  1. Cette discussion très subtile est, à vrai dire, surtout verbale, dans la pensée même de Socrate, puisqu’elle va aboutir à une conséquence qui sera rejetée. En fait, l’usage courant de la langue appelle