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pour tous les autres héros de naissance divine, et pour les dieux eux-mêmes ? »

Hippias. — Qu’est-ce que tu me racontes ? qu’Hadès t’emporte ! Ton homme pose des questions souverainement malséantes.

Socrate. — Que veux-tu ? Serait-il moins malséant de répondre « oui » à la question posée[1] ?

Hippias. — Peut-être.

Socrate. — « Et peut-être aussi, me dira-t-il, est-ce ton propre cas lorsque tu affirmes que, pour tous et toujours, il est beau d’être enseveli par ses descendants et d’ensevelir ses aïeux ». Ou bien faut-il faire une exception pour Héraclès et pour les autres que nous venons de nommer ?

Hippias. — Mais je n’ai jamais parlé des dieux !

Socrate. — Ni des héros, à ce qu’il semble ?

Hippias. — Ni des héros qui ont des dieux pour pères.

Socrate. — Mais de tous les autres ?

Hippias. — Parfaitement.

Socrate. — Ainsi donc, selon toi, c’est une chose coupable, impie et honteuse pour un Tantale, un Dardanos, un Zéthos, mais belle pour un Pélops et pour tous ceux qui sont d’origine semblable ?

Hippias. — C’est mon avis.

Socrate. — « D’où résulte, me dira-t-il, que, contrairement à ton opinion précédente, le fait d’être enseveli par sa postérité après avoir enseveli ses parents est quelquefois et pour quelques-uns une chose déshonorante : que par conséquent, semble-t-il, ce fait peut encore moins passer pour être, en toutes circonstances et toujours, une belle chose, si bien qu’il présente comme nos exemples antérieurs, la jeune fille et la marmite, mais avec un peu plus de ridicule, le défaut d’être tantôt beau et tantôt laid. Tu vois bien, Socrate, dira-t-il, que pour l’instant, tu es toujours hors d’état de répondre à ma question : qu’est-ce que le beau ? » Voilà, mon cher, un aperçu des choses désagréables qu’il me dira, non sans raison, si je lui réponds comme tu me le conseilles.

C’est ainsi qu’il me parle d’ordinaire ; d’autres fois, il

  1. Le mot grec traduit par malséant (δύσφημον) implique l’idée d’une sorte d’impiété.