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de la contrariété. On reconnaît là les théories des Empédocle, des Héraclite, et certaines sentences proverbiales d’Hésiode. Une dialectique subtile montre que les deux explications sont également insuffisantes, soit qu’il s’agisse de deux êtres absolument bons, ou absolument mauvais, ou l’un bon et l’autre mauvais.

Reste donc une seule solution possible : c’est qu’il y ait une certaine convenance ou parenté entre deux êtres dont l’un serait bon et l’autre ni tout à fait bon ni tout à fait mauvais. Encore faut-il que cette convenance n’aille pas jusqu’à une ressemblance complète. Mais est-ce possible ?

La discussion s’arrête sur ce doute. Au moment où Socrate médite de la reprendre, elle est brusquement interrompue par l’arrivée plaisante des pédagogues, esclaves à demi-barbares et un peu avinés, qui réclament les enfants. Avec eux, inutile de résister : il faut céder et lever la séance.



III

LA SIGNIFICATION PHILOSOPHIQUE


Malgré cette conclusion d’apparence négative, la vraie pensée de Platon n’est pas douteuse.

Pour que la « convenance » nécessaire à l’amitié ne soit pas une « ressemblance » complète, pour qu’il y ait, en d’autres termes, analogie et non identité, il faut qu’il existe à la fois de l’absolu et du relatif. La ressemblance complète n’existe qu’entre deux absolus, soit en bien, soit en mal, et ni l’un ni l’autre de ces deux couples, en vertu de la discussion précédente, ne sont capables d’amitié. Il reste donc que le bien, soit absolu, soit relatif, éveille l’amitié d’un être bon, mais non absolument bon, capable par conséquent de sentir ce qui lui manque et de le désirer. On reconnaît là le fond même de la théorie platonicienne des Idées et du Bien, telle qu’elle est exposée dans le Banquet et dans la République. La forme négative de la conclusion, bien loin de trahir quelque incertitude dans la pensée de Platon, prouve que ses lecteurs étaient assez informés de sa doctrine pour ne pas risquer de