Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/222

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Nicias. — Je n’en fais rien, Lachès ; sois sans inquiétude. Je prétends que tu es savant, étant courageux, toi, ainsi que Lamachos, et beaucoup d’autres Athéniens.

Lachès. — Je ne veux pas te répondre, quoique j’aie beaucoup à dire, car tu m’objecterais peut-être que je suis par trop de mon dème d’Aïxonée[1].

Socrate. — Ne lui réponds pas, Lachès ; tu ne t’aperçois pas, je crois, que cet art des distinctions lui vient de notre ami Damon, qui n’est pas sans fréquenter beaucoup Prodicos, le plus habile sans doute des sophistes à distinguer les sens des mots.

Lachès. — En effet, Socrate, ce genre de gloriole convient mieux à un sophiste qu’à un homme que la cité juge digne d’être son chef.

Socrate. — Il convient pourtant, mon très cher, que l’homme qui préside aux plus grandes affaires soit pourvu de la plus grande sagesse. Or Nicias me paraît mériter que l’on désire savoir à quelle idée correspond pour lui ce mot de courage.

Lachès. — Interroge-le donc toi-même, Socrate.

Socrate. — Telle est bien mon intention, mon cher Lachès ; mais n’espère pas te dérober à notre association ; sois attentif et prends ta part de l’examen.

Lachès. — Soit, puisque tu l’exiges.


Reprise de la discussion par Socrate.

Socrate. — Oui, je l’exige. Mais toi, Nicias, reprends les choses de plus haut : tu te souviens qu’au début nous avons abordé l’étude du courage en le considérant comme une des parties de la vertu.

Nicias. — Parfaitement.

Socrate. — Ainsi, dans tes réponses, tu ne perdais pas de vue qu’il était seulement une partie, entre beaucoup d’autres, d’un tout qui s’appelle la vertu.

Nicias. — Assurément.

Socrate. — Es-tu d’accord avec moi sur ce que je vais dire ? Pour moi, en dehors du courage, ce terme désigne aussi la sagesse, la justice, et le reste. Sommes-nous d’accord ?

  1. Les gens de ce dème passaient pour querelleurs.