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des nôtres, de telle sorte que ceux-ci ne fassent pas honte à leurs ancêtres par leur indignité. Si au contraire vous avez trouvé par vous-mêmes la vraie méthode, apportez-nous des exemples, indiquez-nous les noms de ceux qui, grâce à vous, de mauvais sont devenus bons[1]. Car si vous commencez aujourd’hui votre métier d’éducateurs, songez que vous faites une expérience dangereuse non sur un Carien[2], mais sur vos fils et sur ceux de vos amis, et prenez garde de débuter, comme on dit, dans le métier de potier, par une jarre[3]. Dites-nous donc laquelle de ces hypothèses s’applique à vous ou ne s’y applique pas.

Voilà, Lysimaque, ce qu’il faut que tu leur demandes, sans leur permettre de s’éloigner.


Acceptation de la méthode de Socrate. Son portrait par les trois interlocuteurs.

Lysimaque. — Il me semble, Nicias et Lachès, que Socrate a raison. À vous de décider s’il vous est agréable d’être interrogés et de répondre. Quant à Mélésias et à moi, nous serions évidemment charmés de vous entendre exposer vos idées en réponse aux questions de Socrate. Car, ainsi que je le disais au début, si nous vous avons priés de nous donner vos avis, c’est que nous pensions que vous aviez dû réfléchir à ce problème, d’autant plus que vous avez comme nous des fils en âge de compléter leur éducation. Par conséquent, si vous n’y faites point d’objection, veuillez nous le dire et aborder cette recherche avec Socrate, échangeant tour à tour les demandes et les réponses ; car la question, comme le dit Socrate, est pour nous des plus graves. Voyez donc si ce projet vous agrée.

Nicias. — Lysimaque, il me paraît bien qu’en effet tu ne connais Socrate que par son père et que, pour lui personnellement, tu ne l’as vu qu’enfant, lorsqu’il allait par hasard avec son père à quelque assemblée de votre dème, ou dans

  1. Cette seconde preuve de leur savoir ne sera pas plus donnée par eux que la première, et pour la même raison : elle n’est pas une preuve dialectique et vraiment probante ; elle ne pourrait avoir qu’un caractère provisoire.
  2. C’est-à-dire in anima vili.
  3. C’est-à-dire par un ouvrage difficile.