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Voilà, Lysimaque, mon opinion sur l’étude de cette science. Mais, comme je le disais en commençant, ne laissons pas partir Socrate, ici présent, avant de lui avoir demandé son avis sur le point en discussion.


Appel à Socrate, qui propose la méthode à suivre.

Lysimaque. — Je te le demande donc, Socrate : car notre Conseil me semble avoir encore besoin d’un arbitre qui le départage. Si Nicias et Lachès avaient été d’accord, nous aurions pu nous en passer : mais tu vois que leurs votes sont divergents : il convient que tu nous dises auquel des deux tu apportes ton suffrage.

Socrate. — Qu’est-ce à dire, Lysimaque ? celui des deux partis qui aura la majorité obtiendra-t-il ta préférence ?

Lysimaque. — Quelle autre conduite adopter, Socrate ?

Socrate. — Es-tu dans les mêmes intentions, Mélésias ? Et s’il s’agissait de la préparation gymnastique de ton fils, dans une délibération sur la meilleure méthode à suivre, t’en rapporterais-tu à l’avis exprimé par la majorité d’entre nous, ou à celui qui aurait étudié et pratiqué sous un bon pédotribe[1] ?

Mélésias. — À ce dernier naturellement, Socrate.

Socrate. — Tu aurais plus de confiance en cet homme qu’en nous quatre ensemble ?

Mélésias. — Probablement.

Socrate. — C’est sans doute que la valeur d’un jugement dépend plus de la science que du nombre des juges ?

Mélésias. — Évidemment.

Socrate. — Aujourd’hui donc, nous devons chercher d’abord s’il est quelqu’un d’entre nous qui soit compétent sur le sujet en discussion : s’il en est un, nous devons l’en croire, fût-il seul de son avis, et ne pas écouter les autres ; sinon, il faut chercher ailleurs. Car l’enjeu, pour Lysimaque et pour toi, vous paraît sans doute d’importance : ne s’agit-il pas du plus précieux de vos biens ? il s’agit de savoir si vos fils seront bons ou mauvais, et tout le gouvernement de la

  1. Le pédotribe tient à la fois du maître de gymnastique proprement dit et du médecin. Il proportionne avec soin les exercices à la personne de l’élève. Cf. P. Girard, Éducation Athénienne, p. 186 et suiv.