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tantôt, dans une retraite, résistant à un ennemi qui nous presse. Seul à seul, un homme qui sait les armes n’a rien à craindre, ni même peut-être seul contre plusieurs : il est toujours le plus fort par son habileté. Cette première étude conduit d’ailleurs à une autre qui est fort belle : tout homme qui sait les armes désire aborder l’étude suivante, celle de la tactique : et de celle-ci, quand il la possède et qu’il y a pris goût, il passe à tout l’ensemble de la stratégie. Ainsi toute une série de belles sciences et de nobles exercices, dignes d’occuper l’intelligence et l’activité d’un homme, se rattachent à cette première connaissance[1].

Ce n’est pas non plus un médiocre avantage de cette étude que d’élever un homme bien au-dessus de lui-même quant à l’assurance et au courage dans la guerre, grâce au savoir qu’elle lui procure. Et ne dédaignons pas enfin cet autre profit (qui semblera secondaire à quelques-uns), celui d’une plus belle attitude en des circonstances où la beauté a son prix, puisqu’elle fera paraître l’homme plus redoutable à ses adversaires. Ainsi, Lysimaque, je le répète, il me paraît bon de donner cet enseignement aux jeunes gens, et je t’en ai dit les raisons. Mais si Lachès a quelque chose d’autre à dire, nous aurons plaisir à l’entendre.


Discours de Lachès en réponse à Nicias.

Lachès. — Il est difficile, Nicias, de dire d’une science qu’on ne doit pas l’apprendre ; car toute chose, semble-t-il, est bonne à savoir. Cette science des armes, si elle est réellement une science, comme le soutiennent ses maîtres et comme le dit Nicias, mérite donc d’être étudiée. Mais si ce n’est pas une science et si ce qu’on nous en promet est vain, ou si ce n’est qu’une science peu sérieuse, à quoi bon l’étudier ?

Si j’en parle ainsi, c’est par l’effet des considérations sui-

  1. Nicias est représenté comme un esprit cultivé et ami de la philosophie. Ce caractère se marque ici dans l’observation qu’il exprime sur la liaison des diverses sciences et sur l’intérêt qu’on trouve à s’élever de l’une à l’autre. Comparer, dans le Charmide, la dernière hypothèse, sur l’utilité que pourrait offrir une « science des sciences », si elle donnait plus de facilité pour apprendre les sciences particulières (172 b et suiv.).