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couleur, car un objet sans couleur échappe à la vue. » — « C’est évident. »

— « Ainsi, Critias, dans tous les exemples que nous avons passés en revue, il nous apparaît pour les uns comme insoutenable, pour les autres comme fort douteux, que la vertu propre de chaque chose puisse produire son effet sur elle-même. Pour les grandeurs, les nombres, et autres choses semblables, c’est manifestement impossible ; n’est-ce pas vrai ? » — « Tout à fait. » — « Pour ce qui est de l’ouïe, de la vue, et aussi d’un mouvement qui se remuerait lui-même, d’une chaleur qui se brûlerait, et autres hypothèses analogues, elles sembleront inacceptables à quelques-uns, sinon à tous ; et il faudrait un bien grand homme pour distinguer avec précision, d’après tous les cas particuliers, si tous les êtres sans exception sont incapables d’exercer sur eux-mêmes l’action de leur vertu propre, ou si quelques-uns le peuvent, et les autres, non, et, dans cette hypothèse, s’il faut ranger dans cette catégorie la science que nous déclarons être la sagesse. Pour moi, je ne me crois pas capable de faire toutes ces distinctions. C’est pourquoi je ne puis ni affirmer qu’il puisse exister une science de la science, ni, dans le cas où cette science existerait, soutenir qu’elle soit identique à la sagesse, avant d’avoir examiné si la sagesse, ainsi comprise, nous serait utile ou non. Car, que la sagesse nous soit utile et bonne, j’en ai le pressentiment prophétique. C’est donc à toi, fils de Callæschros, puisque tu soutiens que la sagesse est la science de la science et de l’ignorance, qu’il appartient de nous démontrer d’abord que la chose est possible, ensuite que cette possibilité s’accompagne d’utilité. Alors, sans doute, tu me convaincras de la justesse de tes idées sur la nature de la sagesse. »


À quoi peut servir la sagesse ainsi entendue ?

Critias, en entendant mes paroles et en voyant mon embarras, me sembla ressentir un effet analogue à celui qu’on éprouve quand on voit bâiller quelqu’un : mon embarras sembla le gagner à son tour. Mais,

    à pas d’une vérité bien établie à une autre (Xénophon, Mémor. IV, 6, 15).