Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, VII et VIII.djvu/842

Cette page n’a pas encore été corrigée

importance extrême d’établir le plus solidement possible ce que nous avançons, savoir, qu’il y a des dieux, qu’ils sont bons, et qu’ils aiment la justice infiniment plus que les hommes. Ce serait là le plus beau et le plus parfait préambule que nous pussions mettre à la tête de toutes nos lois. Ainsi ne nous rebutons point, et sans nous presser, efforçons-nous de tout notre pouvoir de traiter cette matière à fond, mettant en œuvre tous les moyens que nous pouvons avoir pour opérer la conviction.

L’ATHÉNIEN.

Tes paroles semblent une prière, tant tu y mets d’ardeur et d’insistance ; nous ne pouvons donc différer plus long-temps. Dis-moi, comment peut-on, sans indignation, se voir réduit à prouver l’existence des dieux ? On ne saurait s’empêcher de voir avec colère, de haïr même ceux qui ont été, et sont encore aujourd’hui la cause qui nous y force. Quoi ! après s’être montrés dociles aux leçons religieuses que dans leur enfance, encore sur le sein qui les nourrissait, ils recueillirent de la bouche de leurs nourrices et de leurs mères ; leçons pleines d’enchantement qui leur étaient données tantôt en badinant, tantôt d’un ton sérieux ; après avoir assisté, au milieu de l’appareil des sacrifices,