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PHILÈBE.

SOCRATE.

N’est-il pas vrai que, vivant de la sorte, tu passerais tes jours dans les plus grands plaisirs ?

PROTARQUE.

Sans doute.

SOCRATE.

Mais n’ayant ni intelligence, ni mémoire, ni science, ni jugement vrai, c’est une nécessité, qu’étant privé de toute réflexion, tu ignores même si tu as du plaisir, ou non.

PROTARQUE.

Cela est vrai.

SOCRATE.

Et puis, étant dépourvu de mémoire, c’est encore une nécessité que tu ne te souviennes point si tu as eu du plaisir autrefois, et qu’il ne te reste pas le moindre souvenir du plaisir que tu ressens dans le moment présent : et même, que ne jugeant pas vrai, tu ne croies pas sentir de la joie dans le temps que tu en sens, et qu’étant destitué de raisonnement, tu sois incapable de conclure que tu te réjouiras dans le temps à venir ; enfin, que tu mènes la vie, non d’un homme, mais d’un poumon marin, ou de ces espèces d’animaux de mer qui vivent enfermés dans des coquillages. Cela est-il vrai ?