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fausse, quand on nous détrompe ; nous abandonnons malgré nous celle qui est vraie.

Je conçois le premier cas, mais je n’entends pas bien le second.

Quoi ! ne penses-tu pas que l’homme n’est jamais privé du bien que contre sa volonté, et qu’il veut toujours être délivré du mal ? Or, n’est-ce pas un mal de se faire illusion sur la vérité, et un bien d’être dans le vrai ? Ou n’est-ce pas être dans le vrai que d’avoir une opinion juste de chaque chose ?

Tu as raison, et c’est en effet malgré eux que les hommes sont privés de la vérité.

Ce malheur ne peut leur arriver que par surprise, enchantement ou violence.

Je ne t’entends plus.

Je m’exprime apparemment à la manière des tragiques[1]. Il y a surprise là où il y a dissuasion et oubli : celui-ci est l’ouvrage du temps, celle-là de la raison. Tu m’entends, à présent.

Oui.

Il y a violence, lorsque le chagrin et la douleur forcent quelqu’un à changer d’opinion.

Je conçois cela et t’approuve.

Tu diras toi-même, je pense, que l’enchantement agit sur ceux qui changent d’opinion, sé-

  1. C’est-à-dire obscurément.