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LA SITUATION ÉCONOMIQUE

la guerre des paysans, puis la persécution contre le clergé empirent encore une situation qui, dans son ensemble, reste déplorable.

Elle favorise pourtant les spéculateurs. L’agio sur les assignats, l’achat et la vente des biens nationaux, les marchés conclus avec les autorités militaires pour l’approvisionnement des armées, la contrebande enfin suscitent trop d’affaires fructueuses pour que, la corruption du Directoire aidant, les scrupules de conscience aient pu retenir de s’y livrer ceux qui se croyaient assez habiles pour arriver ainsi à la fortune. Le renchérissement de la vie leur était une autre occasion de profits. Il est certain que, depuis le début de l’occupation française, tous les prix ont haussé rapidement. En 1789, on estime que la moyenne des dépenses journalières est de 4 francs 36, tandis qu’elle atteint 5 francs 32 vers 1800 ; durant la même période, le taux de l’intérêt passe de 4 ½ à 9 pour cent[1].

Il faut évidemment conclure de tout cela que l’époque directoriale, si elle a mis fin à l’exploitation brutale du pays, est bien loin en revanche d’y avoir instauré un régime économique satisfaisant. Mais c’est moins le gouvernement que la situation amenée par la conquête qu’il faut en rendre responsable.

À partir de 1795, l’administration de la Belgique est la même que celle des autres départements de la République. Aucune mesure d’exception ne lui est appliquée. L’impôt n’y est pas plus lourd qu’ailleurs. En 1797, la contribution foncière du département de l’Escaut est inférieure à celle du Calvados, de la Manche, du Nord, de l’Oise, de la Somme qui sont pourtant moins peuplés. Les plaintes provoquées par la fiscalité française ne doivent pas en imposer. En réalité, si l’impôt a produit beaucoup plus depuis l’annexion qu’il ne le faisait sous le régime autrichien, c’est qu’il fut mieux réparti. Le

  1. J’emprunte ces détails à C. Viry, Mémoire statistique du département de la Lys, p. 102 et suiv. (Paris, an XII). Cf. aussi Faipoult, Statistique du département de l’Escaut, p. 151 (Paris, an XIII) ; Van der Mersch, Mémoire sur la mendicité, p. 219 (Bruxelles, 1852).