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souvenirs d’amérique et de grèce.

phoques, qui doivent être des gens routiniers, et, sans doute, faisaient déjà leurs délices d’habiter sur ces roches, tout cela était désert. Qu’eût pensé le pauvre franciscain, s’il lui avait été donné d’apercevoir, se faisant vis-à-vis sur la baie, ces deux puissantes cités, San Francisco et Oakland, avec leurs faubourgs, leurs chemins de fer, leurs télégraphes, leurs clochers et les immenses bacs à vapeur qui vont de l’une à l’autre, remuant lourdement les eaux laiteuses ?

Pendant ce temps, on souffrait cruellement à San Diego : les provisions attendues n’arrivaient pas ; sans doute, le navire qui les apportait avait fait naufrage. Le Père Serra assembla son conseil, et la retraite vers Loreto fut décidée. Mais le lendemain, au jour levant, on aperçut enfin la voile tant désirée et les projets de marche en avant furent repris. Une nouvelle expédition, partie le 16 avril, découvrit enfin la baie de Monterey : elle était bien telle que Vizcaino l’avait décrite cent soixante-sept ans plus tôt. Le 3 juin, la mission de San Carlos fut fondée : un presidio, situé à peu de distance, devait la protéger. Des Indiens se trouvaient là. « Effrayés par les décharges de mousqueterie, ils s’abstinrent pendant quelques jours de prendre contact avec les blancs. Mais bientôt ils s’approchèrent, confiants, et furent amicalement reçus[1]. »

Quand la nouvelle de cette fondation parvint à Mexico, le 10 août 1770, elle y causa un grand enthou-

  1. Hittell, History of San Francisco.