Page:Pierre de Coubertin - Souvenirs d Amerique et de Grece, 1897.djvu/182

Cette page a été validée par deux contributeurs.
173
kerkyra.

et pour un peu, à travers le cristal de cette mer sans trouble, on observerait toute l’animation de ce petit monde sous-marin, qui a, lui aussi, ses fleurs et sa lumière.

Le roi Georges a souvent habité ici ; plusieurs de ses enfants y sont nés. Mais peu à peu il en a désappris le chemin. Il préfère sa résidence de Tatoï, qui est entièrement son œuvre. Il l’a élevée dans les bois, à peu de distance d’Athènes et s’y installe avec délices dès que vient le printemps. Les Kerkyriens lui en veulent un peu de cette préférence ; aussi, pour les consoler, Jupiter leur a envoyé l’impératrice Élisabeth.

Ils ne jouissent pas beaucoup de sa présence, mais son choix flatte leur amour-propre et leurs regards se fixent avec complaisance sur le point blanc, visible de partout, qui indique la retraite solitaire où la souveraine est venue abriter et poétiser son deuil. À quelques lieues de la ville, adossé à une montagne que parsèment de jolis villages, entouré de terrasses qui surplombent la mer et d’où l’on embrasse un panorama sans pareil, s’élève le palais de marbre consacré à la mémoire d’Achille ; le héros homérique y est célébré sous toutes les formes ; le palais porte son nom : on l’appelle l’Αχιλλείον. Une statue le représente blessé, étendu à terre, sur le point de quitter ce monde, la souffrance de la mort prochaine répandue sur ses traits qui conservent néanmoins leur noblesse et leur énergie habituelles. Une toile immense le montre, ailleurs, sous les murs de