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Page:Pierre de Coubertin - Pédagogie Sportive, 1922.djvu/148

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pédagogie sportive

L’art et le sport.

Le sport doit être envisagé comme producteur d’art et comme occasion d’art. Il produit de la beauté puisqu’il engendre l’athlète qui est de la sculpture vivante. Il est occasion de beauté par les édifices qu’on lui consacre, les spectacles, les fêtes qu’il provoque.

Athlètes et artistes.

L’art antique s’est servi de l’athlète avec abondance et perfection mais de l’athlète au repos. Il s’est abstenu de le reproduire au plein de son effort et a persévéré dans cette abstention d’une façon si obstinée qu’elle en est déconcertante. Pourquoi ?… L’effort athlétique contracte le visage de l’homme et l’enlaidit généralement ; la photographie instantanée ne laisse guère de doute sur ce point. Mais, outre qu’il existe certaines exceptions dont on aurait le droit de se prévaloir, cette laideur n’est point de celles qu’on se garde d’interpréter car elle est pleine de vie et de puissance. Si jadis l’artiste a considéré qu’elle déparait le corps dont il s’efforçait à modeler les lignes pures, son successeur n’est nullement tenu d’adopter les mêmes vues[1]. Et certainement, ce n’est pas à notre époque qui fuit le « classique » avec une terreur parfois comique que de pareils scrupules auraient cours. Il faut rechercher ailleurs la cause de l’inattention que l’artiste et l’athlète modernes se prêtent l’un

  1. Ceux, trop rares qui ont essayé de nos jours de traduire l’effort athlétique y ont parfois réussi. Tel le grand artiste belge Jacques de Lalaing dont les fameux Lutteurs à cheval ornent l’entrée du bois de la Cambre, à Bruxelles.