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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1905.djvu/242

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la chronique

donnant au public un livre, un seul, longtemps attendu et supérieur à ce qu’en disaient par avance des disciples enthousiastes, c’est un cas à peu près unique dans l’histoire de la poésie. Les poètes d’ordinaire sont abondants et plus ils sont du midi, plus leur génie est loquace. José Maria de Heredia, issu d’ailleurs par sa mère d’une famille française et élevé en France, avait beau être né à Santiago de Cuba, il n’emporta pas de ce berceau luxuriant l’habitude de la prodigalité ; son genre resta sobre. Ce n’était pas un paresseux ; bien au contraire, il avait l’amour et l’habitude du travail. Mais c’était un ciseleur et ce qu’il ciselait lui semblait toujours inachevé ; quand il se décidait à laisser imprimer quelque pièce de vers, c’était après l’avoir longuement et laborieusement embellie ; encore eût-il souhaité parfois la reprendre pour la polir ou l’ajourer davantage. De 1860 à 1893 quelques-uns de ses « Trophées » furent accrochés succcessivement aux colonnes du temple littéraire et les passants surpris en admirèrent les lignes nobles et les contours très purs. Ils venaient seulement, ces Trophées, d’être réunis en volume lorsque l’auteur fut jugé digne de s’asseoir parmi les Quarante. Cette élection fut de celles que la