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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1905.djvu/238

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la chronique

labeurs d’une haute importance. « Je l’ai vu, a écrit M. Henry Roujon en parlant de son ancien chef, je l’ai vu un soir, au plus sombre moment de la crise (l’affaire Schnæbelé, on s’en souvient, envenimée par M. de Bismarck, avait mis la France et l’Allemagne à deux doigts de la guerre). Fortifié dans son point de droit, sûr de la justice de sa cause, il attendait le cœur bourrelé d’angoisses, la conscience limpide et introublée. Ce bout d’homme intrépide et têtu, comptable de la dignité nationale portait le fardeau sans faiblir. En ces jours solennels, Goblet haussa cette taille minuscule dont s’égayait la caricature jusqu’au niveau des plus hauts devoirs. De la belle histoire de France se continua en lui. En ce simple avocat de la Marche de Picardie, pays de résistances aux invasions, se prolongeait la fière lignée des légistes, ouvriers du chef-d’œuvre capétien, de ces commis appliqués et rageurs qui fondèrent notre indépendance et notre unité à force de ténacité et de bon sens. Il sauva la paix avec l’honneur. »

La retraite prématurée qui lui fut imposée fut pour René Goblet une douloureuse épreuve. La tribune lui manquait ; il manqua de son côté au