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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1905.djvu/224

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la chronique

glisserait vers l’anarchie pure et simple. Il se ferait alors une scission au sein de ces bataillons frénétiques. Les uns retourneraient au bon sens, les autres s’enfonceraient définitivement dans l’absurdité. L’état de leur mentalité, en tous les cas, ne permet point de fonder sur leur corporation de sérieuses espérances ; ils n’ont rien de ce qu’il faudrait pour bien remplir la mission qui leur incombe.

Quelles que soient les causes — profondes ou superficielles — de la crise, une conclusion découle de la façon dont elle s’est déroulée c’est que la masse est, en France, plus saine que l’élite. Une chanson parisienne avait mis cela en lumière dans des termes d’un argot suggestif. « C’est la faute aux mandarins », disait cette chanson. Voilà en effet la vérité. Ce sont les intellectuels ici, là les chefs hiérarchiques qui ont, avec un dévergondage cérébral ou avec une complète inconscience devant lesquels la génération suivante s’étonnera, prêché la révolte et organisé le désordre. Cela étant, il est surprenant que le désordre ne soit pas plus grand ni la révolte plus générale. La vieille raison populaire demeure en France le réactif efficace qui paraît devoir une fois de plus neutraliser dans ses effets la folie des dirigeants.