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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1905.djvu/145

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de france

Légendes et préjugés.

Rien n’est plus difficile à déraciner de la mentalité française qu’une idée préconçue lorsqu’elle y a séjourné longuement et qu’elle a pris coutume d’y évoquer des images précises. Persuadés qu’il n’y avait au travers du Sahara que des dunes indéfinies, sans cesse remuées par le simoun, qu’une chaleur atroce y pesait sur des solitudes mortelles, que l’eau et la végétation y étaient inconnues, les Français ne se remémoraient ni l’aventure des « arpents de neige » canadiens méprisés par Voltaire et perdus par eux, ni les révélations de l’explorateur Barth sur l’Afrique. Ainsi, l’expérience chèrement achetée jadis par eux ne leur servait de rien, pas plus qu’ils ne tenaient compte des renseignements exacts se trouvant à leur portée. Il est à remarquer que Flatters lui-même et ses compagnons laissaient derrière eux assez d’observations et de détails pour détruire à jamais la légende du désert de sable mais ces observations et ces détails, personne n’en prit connaissance. Duponchel et M. de Freycinet avaient réussi un moment à faire au Transsaharien une sorte de succès de curiosité. Maintenant tout