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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1903.djvu/38

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la chronique

la plume de l’Arioste et du Tasse, les pinceaux de Raphaël, du Titien, du Corrége et des Carrache, le génie de Michel-Ange et de Léonard de Vinci indiquent clairement qu’en ces jours troublés, l’effort cérébral concentrait toute l’activité des Italiens, qu’ils n’étaient ni ruinés ni inquiets, qu’ils avaient confiance dans la vie, qu’ils se sentaient épris de beauté et indifférents aux formes politiques ; voilà ce qui, dès lors, préparait leur unité morale tout en la dissimulant sous l’apparence d’un morcellement sans remède. Si l’on ajoute à tant de noms illustres celui de Machiavel dont les leçons seront recueillies et méditées par les générations suivantes, on possède comme une esquisse en raccourcis de ce qui suivit. On comprend que le peuple italien se soit pétri à force de vibrer à l’unisson devant les débris de l’histoire et les splendeurs de l’art — et qu’ayant enfin éprouvé le désir de l’unité, il ait répudié sans peine et sans regret des particularismes auxquels on le croyait attaché et auxquels seule son indifférence prêtait un semblant de solidité.

Après que la France révolutionnaire eut débordé sur la péninsule et l’eut envahie, elle la divisa arbitrairement en un certain nombre de républi-