Ouvrir le menu principal

Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1903.djvu/242

Cette page n’a pas encore été corrigée
228
la chronique

sur l’existence journalière du spectateur. Par là elles pouvaient plaire ; mais il advint qu’elles furent immédiatement accaparées par un petit groupe de snobs lesquels affectèrent d’en goûter précisément la complication morale et d’en dédaigner ou d’en rejeter dans l’ombre la simplification scénique. Plus la conclusion de la pièce semblait étrange et déroutante, plus le langage par instants devenait nuageux, insaisissable, plus s’exaltait l’enthousiasme factice de ces admirateurs de commande. Pour en citer un exemple, la célèbre Maison de Poupée, l’un des chefs-d’œuvre les plus incontestés d’Ibsen, n’avait de valeur à leurs yeux que par sa conclusion illogique et choquante. Le naturel charmant du dialogue, la satisfaisante succession de ces trois actes qui, dans le même lieu et sans intervalle de temps, reproduisent exactement la dose de rire, d’émoi, de larmes, d’imprévu que peut contenir la journée d’un ménage de notre temps, tout cela s’effaçait en quelque sorte devant le tableau final dans lequel on voit Nora, la femme-poupée, déclarer à son mari qu’elle doit le quitter, abandonner ses enfants, délaisser le foyer conjugal pour mieux refaire son éducation manquante : thèse inepte, au nord