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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1903.djvu/192

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la chronique

par suspendre le paiement des lettres de change tirées depuis 1763, les Louisianais sentirent croître leur haine contré l’Espagne et se groupèrent plus que jamais autour d’Aubry. D’autres mesures suivirent plus maladroites encore qui apportèrent des entraves aux relations commerciales de la Louisiane, si bien que les notables de la colonie, las de rédiger des protestations et d’envoyer à Paris des délégués plaider une cause perdue, firent une révolution, expulsèrent Ulloa et forcèrent Aubry à continuer d’exercer l’étonnant pouvoir que les circonstances avaient créé et qui émanait maintenant de tout le monde en fait sans émaner de personne en droit.

L’idée de créer une république indépendante flotta dans l’air ; c’était la seule solution logique et il est certain que, vingt ans plus tard, les États-Unis fussent intervenus sous-main pour en soutenir les promoteurs et la faire aboutir. Mais l’heure de l’indépendance américaine n’avait pas sonné et les Anglais étaient bien trop occupés à en contenir les premiers ferments pour songer à bénéficier de l’étrange situation engendrée à l’embouchure du Mississipi par la double inertie de la France et de l’Espagne. Cette situation eut