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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/30

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la chronique

préparant l’outil qui, plus tard, referait la fortune de la France.

On eût fort étonné les plus optimistes parmi les disciples de Gambetta, en leur disant que cette ligne de conduite serait fidèlement suivie pendant un quart de siècle. L’action personnelle du célèbre tribun et plus tard, le prestige de son souvenir n’auraient jamais suffi à la faire observer par les assemblées politiques pas plus que l’autorité des chefs militaires les plus respectés n’aurait su l’imposer aux troupes. Il y eût là un phénomène de psychologie patriotique auquel les historiens de l’avenir accorderont, sans doute, une grande attention. Ce sera pour eux un point de repère dans l’étude de l’évolution du patriotisme. Dans le pays où a régné Napoléon ier, que vient de vaincre une monarchie militaire, où vient de s’établir le moins prestigieux et le plus civil des gouvernements, maintenir dans l’ordre et dans la paix, pendant une si longue période, une armée nombreuse, populaire, acclamée — une armée où la solde est maigre, l’avancement pénible, les causes d’énervement nombreuses, c’est là un chef-d’œuvre que, par avance, le sage Tocqueville avait proclamé irréalisable et que l’expérience