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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/256

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la chronique

spirituelle, une révolution à la campagne, estimait volontiers que cette révolution était déjà faite et qu’il ne restait qu’à la consacrer. On l’eut fort étonnée en lui disant qu’elle n’était pas même à demi accomplie et qu’il y avait pas mal de chances pour qu’elle échouât. Ç’eut été cependant l’exacte vérité, on le sent bien en suivant avec Albert Vandal les péripéties de cette seconde journée. Elle se passe presque toute entière en attentes vaines ou en discussions stériles. Retiré dans les appartements du premier étage, tandis qu’en bas les deux Conseils sont assemblés, Bonaparte à Saint-Cloud se montre nerveux, irrésolu, agité. À quatre heures du soir seulement, sentant la partie lui échapper, il se rend au Conseil des Anciens où son attitude est si gauche, ses paroles si maladroites — à la fois plates et violentes — que ses amis s’alarment. Aux Cinq-Cents où il se rend ensuite, l’affaire menace de tourner au tragique. Légendaire encore, la scène que les gravures ont popularisée : des poignards se levant contre Bonaparte impassible. Bonaparte est loin d’être impassible, non certes par manque de bravoure, mais parce qu’il se sent impuissant à commander les événements. Pâle, la vue trouble, à demi évanoui, il est rejeté à coups de poings