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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/122

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la chronique

ses plans sont trop vastes, ses ambitions trop complexes. Les soldats comprennent mal le détail de leur tâche ; les chefs s’égarent dans l’ampleur de leurs conceptions ; au lieu de se renfermer sagement dans les frontières économiques et de se donner pour unique mission de modifier de fond en comble la répartition de la richesse, ils ont maintenant un programme universel qui comprend une organisation politique complète, une organisation sociale non moins complète, une philosophie précise, voire même une religion nouvelle propre à remplacer l’ancienne ; ils ont réponse à tous les problèmes, militaires ou coloniaux, sanitaires ou scientifiques. Ils fabriquent dans la coulisse un univers tout neuf, habité par une société toute neuve. Chaque jour, le plan s’agrandit et se détaille et devient par conséquent plus difficile à réaliser. Cette extension de l’idéal socialiste a procuré des adhésions bruyantes dans le monde des intellectuels, toujours prompts, en France surtout, à se laisser séduire par le rêve et l’utopie. Mais il paraît évident, qu’en fin de compte, elle constituera une cause de faiblesse pour le parti.