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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/70

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études historiques


Les Capétiens.

De 987 à 1314, se succédèrent en lignée directe onze princes dont les portraits accusent une grande variété non seulement de type physique, mais de tempérament et de caractère, dont pourtant la politique et les procédés de gouvernement dénotent une continuité de but et de pensée qu’aucune autre dynastie n’a su réaliser à pareil degré. Au début, pour s’implanter, il fallait avant tout se perpétuer. Hugues ne régna que dix ans (987-997), mais son fils Robert ii en régna trente cinq ; son petit-fils Henri ier, vingt-neuf ; son arrière petit-fils, Philippe ier, quarante huit. Ce sont là des durées surprenantes si l’on songe aux agitations ambiantes, aux écueils continuels, aux compétitions que devait susciter le voisinage de vassaux plus riches et plus puissants que leur suzerain. Aucune somnolence pourtant ; rien qui rappelle les rois « fainéants » de l’époque mérovingienne. Ces princes, s’ils savent se terrer à point, savent aussi intervenir dès l’instant propice. Robert le fait en Flandre, Henri en Lorraine. Quant à Philippe qu’on a tant calomnié, directement menacé par le fait du duc de Normandie devenu roi d’Angleterre, il trouve tout de suite la bonne formule ; ne rien brusquer mais travailler à opposer les intérêts du duché à ceux du royaume pour préparer la brisure future. La tête ne leur tourne point dans le succès. Robert n’hésite pas à décliner pour les siens et pour lui-même la couronne d’Italie pour laquelle on le pressent et la dignité impériale qui en découlerait. Ce serait lâcher la proie pour l’ombre. Un clair bon sens et la notion de la valeur du temps, voilà les assises de l’opportunisme capétien, par quoi il se révèle original et s’affirmera si fort. Armés de ces principes, on fait contre fortune bon cœur. Si l’on ne peut empêcher la Bourgogne de passer féodalement entre des mains allemandes, on en retient du moins la partie la plus proche, la Bourgogne dijonnaise, en attendant de pouvoir prétendre au reste. Les alliances lointaines n’effraient point. Henri ier épouse la fille d’un « Grand prince » de la naissante Russie. Mais surtout il y a, dès le règne de Robert, cet