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Page:Pierre de Coubertin - Anthologie, 1933.djvu/61

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anthologie

saire. Son indigne fils Commode (180-193), qu’il eût la faiblesse d’imposer en place du candidat qu’on lui suggérait, donna sur ce point toute satisfaction à la populace, mais ce fut au prix de la plus criminelle tyrannie. On vit alors que ceux qu’on appelle du nom de l’un d’eux, « les Antonins », à savoir les quatre empereurs Trajan, Adrien, Antonin et Marc Aurèle, n’avaient point su malgré tous leurs mérites, leur sagesse, leurs bonnes intentions, utiliser la force qui leur venait de la confiance des provinces pour donner à l’empire une constitution robuste et saine. Ils avaient eu tout un siècle pour le tenter ; il leur eût suffi, parmi les rouages existants, de développer les assemblées provinciales ; bien des cités de l’empire avaient les leurs, mais trop restreintes comme compétence et juridiction. Qu’on augmentât leurs attributions et c’était la santé générale, le coup de bistouri sauveur donné à l’abcès romain. Maintenant il allait être trop tard.


Juba ii.

C’est là, à Césarée (aujourd’hui Cherchell) qu’avait régné au temps d’Auguste, ce prince charmant, Juba ii qui, élevé à Rome, s’y était pénétré de toute la culture gréco-latine sans pour cela se désintéresser de son pays natal. Écrivain, encyclopédiste, protecteur de tous les arts, épris de la beauté sous toutes ses formes, Juba avait trouvé une compagne digne de lui en Cléopatre Séléné que la reine d’Égypte avait eue de sa liaison avec Antoine. La sœur d’Auguste, Octavie, femme légitime d’Antoine, dont l’admirable figure contraste avec les mœurs dépravées de ce temps, ayant recueilli l’enfant de son mari après le désastre d’Actium, l’avait élevée près d’elle dans son palais en mémoire de l’époux qui l’avait délaissée et auquel elle demeurait fidèle. Tel était le couple qui prit à tâche d’implanter la civilisation en terre numide et dont plus d’un indice nous révèle qu’ils avaient commencé d’y réussir. Peut-être les fouilles de Cherchell nous rendront-elles plus familières quelque jour les silhouettes de Juba ii et de sa femme. Elles suffisent déjà à indiquer à quel degré de splendeur et de prospérité la ville disparue était parvenue sous leur sceptre. On conçoit que le long règne de Juba — un demi-siècle joint aux efforts des Romains aient produit de sensibles ré-